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Les perles dites "Murano" tiennent leur nom de l'île de Murano, dans la lagune vénitienne, où elles sont faites. Cette île est fréquentée par des artisans verriers depuis le XIIIème siècle (site Cuef). Mais la grande majorité des perles de Murano, également appelées "glaces de Venise", que l'on retrouve en Afrique, sont fabriquées à partir du XVème siècle (MFD). Nous sommes alors en pleine Renaissance. La croissance économique et artistique qui caractérise cette période en Europe Occidentale est un facteur essentiel à l'émergence d'une industrie perlière en Italie (LSD). Par ailleurs, la Renaissance correspond aux grandes découvertes et à un formidable développement des échanges avec l'Amérique et l'Afrique : la découverte de l'Amérique en 1492 par Christophe Colomb ; mais aussi, dès 1432, la reconnaissance des côtes ouest-africaines par Henri le Navigateur (prince portugais) et les premières prises de contact directes avec ses population. Les puissances européennes posent les jalons de leur domination mondiale : en 1498, Vasco de Gama atteint les côtes indiennes après avoir contourné toute l'Afrique ; et en 1519, Magellan effectue le premier tour du monde ! Les perles de Murano, et parmi elles les Millefiori, vont jouer un rôle de premier rang en servant de monnaie d'échange aux commerçants européens dans toutes ces "nouvelles" contrées.
Cette méthode avait été délaissée durant la haute antiquité pour connaître une seconde naissance sous les empires ptoléméen et romain (entre 300 ans av. J. C. et 400 ans ap. J. C.). Ces perles atteignirent leur apogée sous les mains des maîtres verriers égyptiens (Alexandrie), syriens puis romains (miniaturisation de visages, de temples représentés dans les perles). Mais la sophistication des motifs se perd dans la décadence de l'empire romain. En réinventant la technique des perles mosaïquées, les verriers vénitiens s'imposent comme les héritiers du raffinement antique. C'est d'ailleurs là une des caractéristiques de cette époque, le terme même de "Renaissance" traduisant l'intérêt renouvelé des européens pour les grandes découvertes de l'antiquité (la découverte du corps humain, l'astronomie, la pensée philosophique, la réflexion politique...) mises à mal en Europe par les invasions "barbares" puis l'omniprésence de la religion chrétienne. Par sa technique complexe, ses couleurs chatoyantes, ses motifs floraux (d'où la perle tire son nom chantant de Millefiori ou "milles fleurs") et par l'art de vie qu'elle évoque, cette perle est un des symboles forts de la Renaissance.
Vue d'Afrique, la Millefiori est présentée comme une perle de troc, servant de monnaie dans les échanges entre les commerçants européens et les négociants du trafic trans-saharien. Mais la vision est réductrice. Cette perle sert d'abord les cours européennes dans lesquelles la Renaissance est signe de développement économique et d'enrichissement. Isabelle la catholique (1474-1504), reine de Castille, était férue de perles (ambre, corail, jaspe...) dont les perles en verre. L'emploi de ces perles pour le troc en Afrique représente plutôt une seconde vie pour les Millefiori, progressivement délaissées en Europe au profit des richesses apportées depuis les nouvelles terres conquises en Amérique (or, gemmes...). Il est intéressant de constater qu'au fil du développement des échanges avec l'Afrique, les perles "européennes" évoluent, les motifs s'adaptent à leur clientèle et les techniques changent. C'est en 1495, toujours à Venise, que sont confectionnés les premiers chevrons italiens (beadstore.com) et c'est un siècle plus tard (fin XVIème siècle) que les perles dites "filigranées", les fansi, réapparaissent dans les échanges, toujours sous l'impulsion des verriers vénitiens (LSD). Mais de toutes ces perles, la Millefiori reste la plus belle, la plus artistique. Elle domine ces deux siècles d'hégémonie vénitienne, à tel point qu'un maître verrier surpris de vouloir s'installer dans un autre pays ou de vouloir vendre ses secrets de fabrication était passible de mort, au regard de la loi des Doges (deux cas d'exécution ont été répertoriés au début du XVIème siècle). Il en ira différemment à partir du XVIIème siècle, lorsque le volume des échanges en Afrique poussera à une multiplication des centres de production en Europe (jablonec, en bohême ; Amsterdam, aux Pays-Bas). Le procédé de fabrication rend particulièrement compte de la complexité et du raffinement de cette perle (voir photo 3 ci-dessous) : 1. Prendre des bâtonnets de verres colorés et les placer en faisceau de telle sorte que le dessin recherché apparaisse en section. Les faisceaux sont alors réchauffés, puis étirés afin que les bâtonnets se soudent et que le dessin se miniaturise avec l'étirement. 2. Fabriquer une âme en pâte de verre et la façonner autour d'une tige. Cette tige, une fois retirée, laissera place au trou d'enfilage.
3. ouper les faisceaux et appliquer les sections autour de l'âme. 4. Réchauffer une fois encore l'ensemble pour que les sections et l'âme se soudent. Dans le cas de cette perle, la fusion se fait dans un moule.
Repères bibliographiques : MFD
: Marie-Françoise Delarozière. Perles d'Afrique. 1994.
Edisud. Barcelone. http://www.chezismael.com |
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