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La perle bénéficie, dans le monde musulman, de la force du symbole du cercle et de la sphère : la perle répond en echos à la philosophie islamique. Plus encore que dans les périodes précédentes, la perle véhicule une dimension mystique. Ambassadrice de cette nouvelle religion, la perle s'embellira et verra sa fonction croître pour dépasser le rôle qu'elle occupait dans la période "égyptienne" et "romaine" précédente. 1. Les écritures saintes inspirent des motifs en arabesque (photo 1) qui, par stylisation progressive, alimente une recherche dans les motifs peignés (sur du verre roulé). Les motifs floraux sont également repris, stylisés, aboutissant à des entrelacs subtils qui renvoient aux décorations architecturales creusées dans le stuc et le bois. 2. Un autre thème spécifique à l'Islam est la fascination pour l'art géométrique et la magie de la numérologie. À ce titre, il est fort probable que le chevron, diffusé dans toute l'Afrique à partir du XVIème siècle, depuis l'île de Murano, à Venise, soit en fait une perle d'origine islamique. D'ailleurs, en anglais, la perle à chevrons se dit également "Rosetta bead", très probablement en référence à la ville de Rosette dans le Delta du Nil (JF).
En matière de numérologie, cette perle (photo 2) est particulièrement chargée de symboles. Elle a par exemple la caractéristique de presque toujours compter douze chevrons. Ceux-ci renvoient à un chiffre hautement symbolique de la culture islamique : qu'il s'agisse de l'étoile à douze pointes fréquemment employée dans la décoration arabe ; des douzes Imams des musulmans chiites duodecimains ou encore des douzes signes du zodiaques, introduits en Afrique par les arabo-musulmans qui eux-mêmes avaient hérité de la cosmogonie grecque (PH). Avec la période islamique, la perle retrouve une identités mystique qu'elle avait progressivement perdue lors de sa surcommercialisation durant l'époque romaine. Elle redevient également le support d'une nouvelle recherche artistique, tant dans les motifs que dans les formes et les couleurs. Peut-être perd-elle en technicité et en qualité des matériaux. Mais elle semble gagner en authenticité. Du coup, même lorqu'elle est produite pour être vendue ou échangée, sa diffusion fait d'elle un article puissant de vulgarisation des valeurs de l'Islam. Cette âme retrouvée contribuera peut-être à expliquer son succès auprès des populations africaines islamiques et animistes. Malheureusement, les techniques peignées, d'incrustations polychromes et de filigranes qui caractérisent nombre d'entre elles sont relativement fragiles. L'interdiction de les mettre dans des sépultures explique également leur rareté ou leur état de dégradation aujourd'hui en Afrique Noire. Il
existe une certaine continuité entre les différents centres
de production et les époques, notamment dans les techniques et
les motifs. Des perles mosaïquées que nous aurions pu croire
contemporaines des ptolémés égyptiens ont été
pensées et testées 1 500 ans plus tôt en Mésopotamie.
La perle de verre en fusion, généralisée sous l'empire
romain, avait été tentée deux mille ans auparavant
en Egypte. Les progressives améliorations techniques observées
sur les perles suivent en définitive le rythme des grandes civilisations.
À chaque grande construction politique, favorable aux échanges
et à l'enrichissement, les maîtres verriers réinventent
les techniques passées en les améliorant. La perle est un
véritable témoin des grands moments de l'évolution
de l'humanité dans ce qu'elle créée et transmet de
plus positif.
Cette perle est d'autant plus intrigante qu'elle est une des seules à symboliser des yeux parmi les perles islamiqes. En fait, elle est davantage appelées "écailles de tortue" ("Dhar Vakrun") et renvoie à la pratique, chez les artisans musulmans de cette époque, de styliser à l'excès un animal pour pouvoir le représenter (ici une tortue ?) et ainsi contourner l'interdit. Une démarche semblable devait probablement être suivie pour représenter l'humain. Or,
en fait, il s'avère que des morfias datés du IVème
siècle et identifiées comme provenant d'Albanie sont exposés
au Musée de Saint-Germains-en-Laye (France). Nous nous retrouvons
alors avant la période islamique, sous l'empire romain. Mais ces
autres morphias sont "peignées" ou en "arrêtes
de poisson" et décorées de bandes de verre polychromes
incrustées (RKL).
Or, ce type de perle a également été trouvé en Iran et daté entre 400 et 300 av.J.C. (SF), a une époque où l'Egypte n'avait pas encore véritablement repris son industrie perlière. La Perse rapelle ici qu'elle joua un rôle de premier ordre dans la création de perles. Celle-ci influencera particulièrement la production égyptienne et romaine à l'occasion de la découverte et de la divulgation des joyaux du trésor des Darius, après la défaite de celui-ci devant Alexandre-Le-Grand.
Avec le déclin de l'empire arabe au XVème siècle, Venise deviendra le plus grand centre de production de perles. Et celles-ci viendront à jouer un rôle monétaire autrement plus important, notamment en Afrique. L'hégémonie européenne qui s'annonce alors amorce un tournant dans l'histoire des perles.
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